dimanche 13 octobre 2013

Ce petit pull là



Ce petit pull là, pendu sur mon séchoir n'a vraiment l'air de rien. Juste un petit pull de bébé un peu passé de mode, un vêtement de seconde main. Avec ses rayures pastel et ses boutons sur l'épaule, son côté rétro tricot donne à ma Cracotte des allures de bébé vintage.

Pourtant ce petit pull là, il veut dire beaucoup pour moi.  
           
C'est ma maman qui me l'a donné. C'est ma grand-mère qui l'a tricoté.

Par pour Cracotte. Pour moi. Quand j'avais 3 mois.

Ce petit pull, c'est un peu de ma grand-mère qui entoure ma Cracotte.

Ce petit pull là, il raconte à ma Cracotte tout ce qu'elle ne connaîtra  jamais de son arrière grand-mère. L'amour sans condition, les petites attentions, les pommes de terre sautées et les colliers de bonbons.

Quand je regarde Cracotte qui gigote dans son pull, je l'imagine ma mamie, avec ma Cracotte dans ses bras. Est-ce qu'elle lui aurait parlé avec ce langage bébé qu'affectionnent les personnes âgées ? Est-ce qu'elle lui aurait chatouillé le menton ? Est-ce qu'elles auraient su partager toutes les deux une complicité, une tendresse réciproque ? Est-ce qu'elle aurait été fière de la maman que je suis devenue ? Est-ce qu'elle aurait été agacée par mes idées arrêtées ? Est-ce que j'aurais été agacée par ses idées dépassées ?

Quand je regarde Cracotte qui gigote dans son pull, je pense à l'écharpe rouge que j'avais commencé à tricoter et que j'ai abandonné. Je pense à tous les nœuds dans ma pelote qu'elle a patiemment démêlé, aux mailles à l'endroit, aux mailles à l'envers. Je pense à ses mains fatiguées, à ses os douloureux... Est-ce qu'aujourd'hui elle aurait pu tricoter un pull pour mon bébé ? Est-ce qu'elle est partie trop tôt ? Est-ce qu'elle est partie à temps ?

Quand je regarde Cracotte qui gigote dans son pull, je pense aux oeufs Kinder cachés dans le buffet. Je pense à la boîte en ferraille toujours pleine de bonbons, aux verres de jus d'oranges pressées et aux plateaux télé, aux parties de labyrinthe, au bulgomme plié, au couvre-lit usé, au parquet ciré...

J'aurais aimé qu'elle puisse prendre mes enfants sur ses genoux et me dire à quel point elle les trouve beaux. J'aurais aimé trouver sur son frigo le dernier dessin de Trognon ou la carte postale de nos vacances. J'aurais aimé pouvoir lui envoyer les bouilles de ses arrières petits-enfants imprimés sur du papier photo. J'aurais aimé entendre sa voisine du dessous râler parce que mes enfants sautent partout dans son petit appartement.

Quand je regarde Cracotte qui gigote dans son pull, je sens presque sous mes doigts, le petit creux de son cou, qu'elle appelait, son Bénitier. Et dans la lumière, comme un bruissement, de cheveux blancs.

4 commentaires:

  1. Tellement de belles choses qu'on ne peut comprendre qu'en devenant à son tour parents ... À moi aussi elle manque beaucoup cette si belle mamie ...

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  2. elle était si douce et si gentille ta mamie..... elle aurait pu être la mamie de tous les enfants de la thuile quand elle venait. une très belle mamie que tu aimais tellement je m'en rappelle. c'est un très très beau texte que tu as écrit la ... mélissa

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  3. Réponses
    1. Je découvre ton blog ce jour Pacotille,moi la néanderthal de l'informatique et je pleure si délicieusement accablée par l'émotion...celle de ton écriture, celle de ton amour"grand-maternel"que je ne soupçonnais pas encore si intense ...et je rêve de cette petite Savoivoie que je sentais alors si proche de moi. Tu es une belle personne.!.

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Toujours un plaisir de vous lire...!

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