samedi 23 mai 2015

Trois enfants à plein temps

 1er test grandeur nature : le matin


Les 20 premiers jours après la naissance de Numéro 3*, j'ai eu la chance d'être bien entourée. Cromagnon a posé des congés, la famille était présente, le soleil au rendez-vous avec apéros/repas dehors. Des grasses mat tous les jours (oui, Numéro 3 dort le matin !) (voilà, maintenant tous les parents de nains insomniaques me détestent)... Bref, on était... à la COOL !

Puis Trognon est retourné à l'école, Cromagnon au boulot, Cracotte chez la nounou (derniers jours) et la vraie vie a commencé ! Ajoutez à cela un déménagement dans deux mois (j'y reviendrais), une maison qui doit rester propre et rangée pour les visites immobilières et vous aurez une idée du package...!

Le premier test grandeur nature "j'ai trois enfants et je gère (ou pas)", je l'ai fait lundi matin avec l'épreuve qualificative suivante :

"Emmener seule Trognon à l'école avec Cracotte et Numéro 3"

Parce que je suis sûre que vous mourrez d'envie de savoir comment je m'en suis sortie, je vous dit tout en détails, minutes par minutes ! Voilà à quoi cela ressemble :

7h : Allaiter Numéro 3.

7h20 : Prendre une douche et s'habiller.

7h30 :  Réveiller Trognon qui ne veut pas se lever, pas s'habiller, pas aller à l'école. Original et varié. Menacer. L'habiller.

7H45 : Préparer le petit déjeuner de Trognon. Lui demander 3 fois de choisir entre tartine à la confiture de fraises ou tartine à la confiture d'abricot. Décider à sa place. Etaler la confiture de fraises et l'entendre dire : "mais en fait je voudrais des céréales". Se retenir de lui verser le paquet de céréales sur la tête et lui suggérer de manger sa tartine rapidos. Entre temps, remonter 50 fois voir Numéro 3 qui a du mal à digérer et qui pleure.

8H : Avaler à la vitesse TGV une demi-tartine, un chocolat chaud froid et les restes tout gluants de miel pops que Trognon a à peine touché.

8H05 : Coller Trognon devant un dessin animé (oui je sais, les écrans, c'est pas bon..., tout ça tout ça... mais question de survie parentale, c'est bien pratique, croyez moi...).

8H10 : Après avoir rangé la table du petit-déj, aller chercher Cracotte qui braille depuis son lit à barreaux et l'habiller.

8H20 : Eteindre la télé et demander à Trognon de mettre ses chaussures et son manteau. Lui demander 3 fois.

8H21 : Enfiler à Cracotte, chaussures et manteau, emballer Numéro 3 dans 10 couvertures et l'installer dans le tank-poussette.

8H28 : Fermer la fermeture éclair de Trognon et remarquer qu'il a mis ses baskets à l'envers mais ne rien dire parce que de toute façon, on est presque en retard...

8H30 : Mettre mon manteau, mes chaussures. Se rappeler que le cahier de liaison n'est pas signé et qu'il faut rendre le livre de la bibliothèque. Signer le cahier et décider de faire semblant d'avoir oublié pour le livre de la bibliothèque parce qu'il est planqué quelque part dans la chambre de Trognon et qu'on est presque en retard.

8H33 : Passer le sling (vous avez bien lu : le sLing, pas le string... à 20 jours de l'accouchement, je n'en suis pas encore vraiment là niveau séduction !). Pour les incultes de la puériculture, le sling c'est l'écharpe magique qui se passe en 2 secondes pour porter les enfants sur la hanche. Cassage de dos garanti mais pour des trajets courts, c'est pratique et rapide. Y glisser Cracotte qui se débat dans tous les sens. Maudire ses chaussures qui se coincent dans le tissu.

8h35 : Tenter d'ajuster le tissu sur l'épaule et puis se dire qu'on  est presque en retard et que de toute façon, ça n'est pas pour longtemps.

8H36 : Let's go...! (cherchez les clés de la porte d'entrée).

8H37 :  Se dire qu'ils sont mignons quand même tous les 3 et faire une photo avec le sourire...


8H38 : Se rappeler qu'on est presque en retard et arrêter de faire des photos.

8H39 : Demander à Trognon de me laisser pousser la tank toute seule, parce que "c'est déjà assez compliqué d'avoir ta sœur qui ballote sur ma hanche gauche pour pas avoir un poids mort qui tire sur la poussette à droite...". (en plus, on est presque en retard).

8h41 :  Arriver à l'école dans les temps (on est presque pas en retard en fait), m'attacher les cheveux vite fait pour me composer une tête potable et se la jouer  "je maîtrise"... Laisser toutes les mamans, les instits, le personnel scolaire admirer le bout de nez de Numéro 3 qui dépasse des couvertures et assurer d'un ton dégagé et supeeeeer cool "oui ca va, ca se passe bien !".

8H43 : Aide Trognon à enlever ses baskets à l'envers et à mettre ses chaussons trop petits puis l'expédier en classe avec pleins de bisous...

8H45 : Repartir en sens inverse.

8H50 : Arriver à la maison. Désosser le tank pour rentrer la nacelle dans la maison.  Enlever à Cracotte son manteau et aller lui faire chauffer son biberon. Oui, si vous avez bien suivi, elle a toujours le ventre vide.

9H05. Remettre son manteau à Cracotte et aller l'installer dans la voiture en se contorsionnant parce que son siège auto est celui du milieu.

9H07. Extraire Numéro 3 de son sommeil et de la nacelle pour le placer dans son siège auto dans la voiture.

9H15 : Après avoir été chercher la poupée oubliée de Cracotte, son doudou et sa tétine et son repas du midi et avoir rajouté une couverture à Numéro 3, démarrer, direction chez la nounou.

9H25 : Déposer rapidement Cracotte qui pleure parce qu'en fait, elle a changé d'avis et n'a plus envie d'aller chez la nounou. Se dépêcher quand même parce que Numéro 3 commence à s'agiter sévère dans son cosy rapport au fait qu'il a un peu la dalle... (quoi déjà ?!).

9H40 : De retour à la maison, extraire Numéro 3 du siège auto et un sein du soutien-gorge allaitement anti-sexy pour nourrir l'affamé.

10H00 : Ranger le matériel et donner son bain à Numéro 3.

10H30 : Regarder Numéro 3 qui s'est endormi et le trouver trop mignon.

Penser aux lessives à faire tourner, aux rendez-vous à prendre, au ménage à faire, au repas à préparer et se dire aussi : "quoi ? déjà 10h30 ?!".

Avoir l'impression d'avoir réussi une épreuve d'immunité à Koh Lanta. Puis se dire qu'il va falloir recommencer demain. Et après-demain aussi. Et tous les jours en fait.

 Avoir envie de se cacher sous les draps à la façon Bénabar.

 Et puis avoir le cœur qui tambourine quand même parce que la course contre la montre matinale n'empêche pas de remarquer le bisou de Trognon à son petit frère avant de rentrer en classe, d'entendre la petite voix de Cracotte qui répète ravie depuis son siège auto "bébé il est là !"  ou de croiser le regard attentif de mon tout petit pendant qu'il se détend dans l'eau chaude du bain.


*Non, Numéro 3 ne va pas s'appeler Numéro 3 ad vitam eternam, je vais lui choisir un petit nom bloguesque à lui aussi, mais j'attend de le connaître un peu plus...

jeudi 14 mai 2015

Elle a marché sur la Lune

Bon, OK, elle a marché tout court en fait. Mais on l'attendait depuis tellement longtemps que quand Cracotte a fait ses premiers pas, c'était un peu l'événement.

Cracotte a un caractère... particulier (c'est ce qu'on dit d'un enfant chiant quand on veut avoir l'air poli).  Au quotidien, elle est plutôt facile à vivre : elle dort bien (enfin jusqu'à la naissance de son petit frère, mais j'y reviendrais), elle s'occupe pas mal toute seule pour son âge, elle est volontaire. Mais voilà, elle est MEGA têtue. Tous les enfants sont plus ou moins têtus, du genre à s'évertuer à faire rentrer la forme carrée dans la forme ronde alors que ça passe pas. Ça fait partie du package on va dire. (Oui, je m'autorise à faire des généralités maintenant que j'en ai trois).

 Mais Cracotte est un cran au-dessus. Si si, je vous assure.

A 9 mois, elle refusait toujours d'avaler la moindre cuillère de nourriture solide. Le contact entre sa bouche et la cuillère de carottes ou de compote de pommes provoquait invariablement des haut-le-cœur ou des vomissements. Oui, c'était très sympa... On a commencé à s'inquiéter. A se demander si elle avait des problèmes de déglutition. Et puis soudainement, à 9 mois et demi, elle s'est mise à manger. Non, pas à manger. A dévorer. Comme si elle avait toujours attendu ça. Et à refuser le biberon du soir par la même occasion.  Puis très vite, elle a commencé à zieuter ce qu'il y avait dans l'assiette de son frère et à nous envoyer balader avec nos petits pots. Puis, il n'a plus été question de la faire manger. Même si la moitié de l'assiette finissait par terre, miss Têtue voulait manger seule.

On ne s'est donc pas alarmé quand on s'est aperçu que Cracotte n'avait visiblement pas l'intention de passer par le 4 pattes. Elle est donc devenue notre Miss Cul-de-Jatte 2014/2015. Au début, ça nous a fait rire. Les mois ont passé.

14 mois, l'âge où son frère a commencé à marcher. On ne compare pas hein...Deux enfants, deux développement différents.

18 mois... L'âge moyen fourchette haute de la marche dans les bouquins de puériculture. (mais qui écrit ces bouquins sérieusement ?!) (mais qui lit ces bouquins en fait ?!=) (Ok, moi) (j'ai un bouquin "j'élève mon enfant de 0 à 3 ans" à vendre, ça intéresse quelqu'un ?!).

 Bref,  Miss Cul de Jatte ne daigne toujours pas se dresser sur ses pattes, mais après tout, elle est très débrouillarde et autonome, alors pourquoi la pousser ?

Les mois s'enchaînent,

19.  On tente sur l'avis du pédiatre des séances de kiné. Echec et mat. Le kiné finit chaque séance en sueur, Cracotte commence à le mordre et on interrompt les séances avant qu'il ne me demande de lui injecter un sérum antirabique.

20.

21. On se fait à l'idée. Cracotte ne marchera pas à la naissance de numéro 3. Va falloir s'organiser. On nous prévient même : vu son stade de développement, elle ne marchera probablement pas avant ses deux ans. OK. Tout va bien, elle est juste un peu plus lente que la moyenne. Mais quand même... On a l'impression qu'elle pourrait. Les médecins sont formels, rien ne l'en empêche. Il faut se rendre à l'évidence. Elle n'en a juste pas envie. Il y a bien quelques pas, entre deux bras, ponctués de fous rires. Il y a peu à peu la marche en donnant la main. On sent qu'elle y est presque. Mais non.
Et puis il y a la naissance de numéro 3. Et là, au moment le plus improbable, à l'endroit le plus improbable, Cracotte s'élance dans le salon d'allaitement de la maternité (!) entre sa mamie et moi. Des pas plus sûrs, on sent que quelque chose s'est enclenché. 

Trois jours plus tard, c'est un fait, alors que je suis rentrée à la maison avec Numéro 3, Cracotte marche.

Elle a 22 mois. 

Elle tangue, elle a les jambes couvertes de bleus, la démarche en canard. Mais elle marche. Comme si elle avait fait ça toute sa vie... Ou presque ! Sur la même lancée, elle monte et descend les escaliers.

La contrepartie : elle refuse de faire la sieste, elle qui avait toujours été une grosse dormeuse. Mais bon, tout se paye non ?!

Une chose est sûre : avec sa couronne sur la tête, ses multiples bracelets et ses lunettes de soleil de travers, Cracotte a réussi une fois de plus à rester la star de la famille... 

Je pense que pour l'apprentissage de la propreté, on attendra qu'elle ait 15 ans avant de lui proposer le pot et qu'on profitera d'un match de la coupe du monde de foot pour demander une olz du stade devant sa première crotte.

[je sais que cet article se termine sur une note moins glamour que le précédent, mais que voulez-vous, Cromagnon m'a dit que je devenais trop "romantique" ! ;-)]

jeudi 7 mai 2015

Il est né


Je pourrais vous raconter les contractions, soudaines, violentes, l'adrénaline et le calme, le départ dans la nuit et les enfants qui dorment. Je pourrais vous raconter la route, le compteur, les kilomètres, les vagues de douleur et les minutes de calme au milieu de la tempête. Je pourrais vous raconter l'arrivée à l'hôpital, les couloirs silencieux plongés dans la pénombre et nos pas dans ce dédale hospitalier. Je pourrais vous raconter la lumière crue de la salle d'accouchement, les blouses blanches, les monitorings, le médical, les sourires, les cris et la douleur encore. Je pourrais vous raconter cette heure où tout bascule, ces 60 minutes qui ne ressembleront à aucune autre dans toute ma vie, ce pont aérien et charnel entre ma vie d'avant et ma vie de maintenant. Je pourrais vous raconter tout cela mais je ne vous aurais rien dit.

Parce que je ne sais pas comment vous dire ce petit corps glissant, sa peau contre la mienne, son souffle et son cri. Les yeux brillants de son papa, la même émotion, intacte, un fils et son père. Je ne saurais écrire ce visage minuscule, ses yeux sombres et plissés, ses poings serrés. Sa présence, immédiate et le temps qui s'arrête. Je voudrais pouvoir me souvenir de chacune de ces secondes, de chacun de ses souffles. Je voudrais tout écrire pour ne rien oublier. Le son de sa respiration, sa bouche humide dans mon cou, la douceur de ses cheveux, les plis de sa peau, la rondeur de sa tête, ses ongles trop longs, l'odeur de son corps. Mais j'ai beau chercher mes mots, fermer les yeux et tenter de me souvenir, je ne sais comment traduire avec de simples lettres et un clavier d'ordinateur toutes ces émotions, ce flux intense d'échange charnel, la fragilité de cet instant si particulier.

Il est né il y a 10 jours. Et il y a eu déjà tant de premières fois.

 La première nuit. Notre sommeil l'un contre l'autre. Le calme après la tempête. Et notre rencontre dans le secret d'une chambre d'hôpital.

Le premier jour. La rencontre avec son frère et sa sœur. Les petites mains de sa sœur qui agrippent les siennes, les sourires intimidés de son frère.  Maladresse, douceur et tendresse. Nous cinq, serrés sur le lit d'hôpital.

Nous cinq.

Quelque chose qui fait sens soudainement. Se sentir une famille. Prononcer son prénom. Et s'y habituer. Devenir maman une nouvelle fois.

Il y a le premier jour à la maison. L'excitation des enfants, les crises de larmes et les câlins, les moments de jalousie. Une place pour chacun, un rythme à composer, une famille à inventer.

Chaque jour qui passe m'éloigne un peu plus de ma grossesse, de sa naissance. Une nostalgie douce et amère et le bonheur aussi, de le voir s'éveiller. Savoir profiter de chaque instant. Me perdre dans son regard attentif, caresser chaque pli de sa peau, écouter son souffle. Le laisser s'endormir contre ma poitrine et ne rien faire d'autre. Contempler mes trois enfants.

S'engager dans cette folle aventure de notre vie à cinq.

Et s'aimer.
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