jeudi 7 mai 2015

Il est né


Je pourrais vous raconter les contractions, soudaines, violentes, l'adrénaline et le calme, le départ dans la nuit et les enfants qui dorment. Je pourrais vous raconter la route, le compteur, les kilomètres, les vagues de douleur et les minutes de calme au milieu de la tempête. Je pourrais vous raconter l'arrivée à l'hôpital, les couloirs silencieux plongés dans la pénombre et nos pas dans ce dédale hospitalier. Je pourrais vous raconter la lumière crue de la salle d'accouchement, les blouses blanches, les monitorings, le médical, les sourires, les cris et la douleur encore. Je pourrais vous raconter cette heure où tout bascule, ces 60 minutes qui ne ressembleront à aucune autre dans toute ma vie, ce pont aérien et charnel entre ma vie d'avant et ma vie de maintenant. Je pourrais vous raconter tout cela mais je ne vous aurais rien dit.

Parce que je ne sais pas comment vous dire ce petit corps glissant, sa peau contre la mienne, son souffle et son cri. Les yeux brillants de son papa, la même émotion, intacte, un fils et son père. Je ne saurais écrire ce visage minuscule, ses yeux sombres et plissés, ses poings serrés. Sa présence, immédiate et le temps qui s'arrête. Je voudrais pouvoir me souvenir de chacune de ces secondes, de chacun de ses souffles. Je voudrais tout écrire pour ne rien oublier. Le son de sa respiration, sa bouche humide dans mon cou, la douceur de ses cheveux, les plis de sa peau, la rondeur de sa tête, ses ongles trop longs, l'odeur de son corps. Mais j'ai beau chercher mes mots, fermer les yeux et tenter de me souvenir, je ne sais comment traduire avec de simples lettres et un clavier d'ordinateur toutes ces émotions, ce flux intense d'échange charnel, la fragilité de cet instant si particulier.

Il est né il y a 10 jours. Et il y a eu déjà tant de premières fois.

 La première nuit. Notre sommeil l'un contre l'autre. Le calme après la tempête. Et notre rencontre dans le secret d'une chambre d'hôpital.

Le premier jour. La rencontre avec son frère et sa sœur. Les petites mains de sa sœur qui agrippent les siennes, les sourires intimidés de son frère.  Maladresse, douceur et tendresse. Nous cinq, serrés sur le lit d'hôpital.

Nous cinq.

Quelque chose qui fait sens soudainement. Se sentir une famille. Prononcer son prénom. Et s'y habituer. Devenir maman une nouvelle fois.

Il y a le premier jour à la maison. L'excitation des enfants, les crises de larmes et les câlins, les moments de jalousie. Une place pour chacun, un rythme à composer, une famille à inventer.

Chaque jour qui passe m'éloigne un peu plus de ma grossesse, de sa naissance. Une nostalgie douce et amère et le bonheur aussi, de le voir s'éveiller. Savoir profiter de chaque instant. Me perdre dans son regard attentif, caresser chaque pli de sa peau, écouter son souffle. Le laisser s'endormir contre ma poitrine et ne rien faire d'autre. Contempler mes trois enfants.

S'engager dans cette folle aventure de notre vie à cinq.

Et s'aimer.

4 commentaires:

  1. Tu as eu raison de coucher sur le "papier" tous ces doux instants, le temps passe si vite! Profitez tous de ces merveilleux moments!;o) Que du bonheur!

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    1. Merci !
      Je sais que je ne me souviendrais pas de tout, mais il me restera sûrement le souvenir des émotions !

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  2. Magnifique... L'émotion est là je la ressens en te lisant. Félicitations pour ce troisième !

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    1. Merci beaucoup ! Et tant mieux si j'ai pu faire passer quelque chose et partager juste avec un clavier ! Ca me fait plaisir !

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Toujours un plaisir de vous lire...!

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