mercredi 18 novembre 2015

Lettre aux méchants

Chers Méchants,

Je  ne vais pas citer vos noms ou vos tristes acronymes parce que vous n'avez pas besoin d'une nouvelle tribune pour répandre votre venin stérile.

Je n'ai pas vraiment envie de vous parler non plus, mais je tenais tout de même à vous remercier.

Il y a encore quelques jours, pour défendre les droits de l'Homme, pour se dresser en héros du peuple, il fallait militer, s'engager, combattre, revendiquer.  Aujourd'hui, il n'y a plus qu'à picoler, faire l'amour, mettre des jupes trop courtes, fumer et danser. Et tout ça, je dois l'avouer, c'est nettement plus à ma portée.  Je vais pouvoir trinquer "à la Liberté", boire un verre de trop pour la santé de l'humanité.

Merci, grâce à vous, je suis devenue une militante de la terrasse de café, une dilettante au service de la Liberté.

Chers méchants,

Je ne suis pas de ceux qui n'ont pas peur. Vous me faites peur parce que votre bêtise n'a d'égal que votre fanatisme. Vous me faites peur parce que nous aimons la vie comme vous aimez la mort. Vous me faites peur parce que je sais que vous allez recommencer. Encore et encore. Je sais qu'il y aura d'autres jours noirs et que nous pleurerons encore nos morts.

Vous me faites peur, mais ça n'est pas le plus important. Ce qui compte et ce qui comptera toujours, c'est que mon fils ce matin m'a dit qu'il m'aimait fort, que j'ai fait de la purée pour le déjeuner et qu'ils ont trouvé que c'était le meilleur repas de l'année. Qu'on s'est fait des chatouilles et des bisous dans le cou, qu'on a rit et qu'on vous a dit fuck you.  Il y a du bonheur et de l'amour sur cette planète à chaque seconde qui passe et tant mieux si ça vous déplaît. Nous n'avons pas besoin de votre Captagon pour triper, pour baiser, pour exister.  

Vous voyez, vous ne pourrez pas arrêter la marche de l'humanité parce qu'on est des milliers à vivre et à s'aimer. Vous êtes déjà dépassés, votre crépuscule a commencé. Parce que c'est ce que le sens de l'Histoire. Parce qu'on ne peut pas marcher à l'envers sans trébucher.

C'est vrai, mea culpa, vous et moi et tous les autres, chacun à notre manière, on a sacrément pourri l'avenir de nos enfants, on a joué avec la planète comme avec un vieux ballon crevé, on a grave merdé, on s'est fracturé, on s'est replié, on a manqué de respect à l'humanité.

Mais on va se rattraper. On va vivre comme on a jamais vécu. On va se marrer et festoyer, et nos rires vous insulteront, et notre vie effacera vos ombres sans âmes. On va s'aimer, on va transformer notre quotidien en une orgie de libertés. On va refuser de vous écouter, on va refuser de se diviser.

Tremblez les méchants parce que l'Histoire vous a déjà oublié.


jeudi 12 novembre 2015

Jouer à la guerre

11 novembre : extraits trognesques



Trognon a choisi la bonne journée pour me faire cette déclaration  dans la voiture hier :

-"Maman, j'ai décidé de ne plus jamais jouer avec M. et R."... s'est-il exclamé subitement.
- Mmmmh ah bon... (mais j'essaie d'être concentrée sur ma conduite là !)... Petit effort de double concentration et je demande quand même : " pourquoi ?"
-  Parce qu'ils jouent toujours à la guerre !
-  Et tu n'aimes pas ça toi, jouer à la guerre ?
- Non...
- Pourquoi tu n'aimes pas ça ? (et voilà j'ai loupé le croisement, conduire ou réfléchir, il faut choisir !)
- Parce que c'est triste la guerre. Il y a plein de morts et Hitler qui est méchant.
- ... C'est vrai... C'est très triste la guerre. Mais tu sais là, là c'est juste un jeu dans la cour de récré. Tant qu'on se rappelle que c'est un jeu, ça n'est pas forcément grave.
- Non, je n'aime pas ça. Parce qu'après, si on joue trop à la guerre, on s'habitue.
- On s'habitue à quoi ?
- A la guerre. A faire du mal, à être méchant.
- Alors à quoi tu joues toi à la récré ?
- Mois je joue à être un explorateur. A chercher de l'or. Et des fossiles..."

Voilà, je n'ai pourtant jamais eu de position très affirmée sur le sujet. De tous temps, les petits garçons ont joué à la guerre me semble-t-il... Cromagnon aime encore y jouer de temps en temps l'hiver avec ses copains et quelques boules de neige...  (siiiiii Cromagnon, n'essaie même pas de dire le contraire)...  Je n'ai jamais eu de discours moralisateur sur le sujet. J'aime beaucoup les batailles d'eau à coup de pistolet à eau (enfin seulement si c'est moi qui ait le pistolet) et je ne râle presque pas quand Trognon me poursuit dans la maison avec son épée (en mousse, je précise).

Je ne sais pas exactement ce que "jouer à la guerre" à la récré recouvre exactement comme type d'activités. Jets de projectiles illicites ?! Cris guerriers ? Attaques collectives ?

Je ne sais pas non plus si quand on joue trop à la guerre, on s'habitue. Et dans l'autre sens est-ce que ça marche  ? Si on joue à être le gentil de l'histoire, est-ce qu'on finir par le devenir pour de vrai ?!

On dirait presque un sujet de philo au bac... Je dois vraiment être en mal d'activité neuronale pour me poser ce genre de questions...

J'ai trouvé un début de réponse dans une émission radio sur laquelle je suis tombée par hasard hier dans la voiture (au voyage retour, le hasard fait bien les choses) sur France Inter.Oui Cromagnon, quand tu n'est pas là, j'apprécie grandement de ne pas être obligée de me farcir RMC Sport. Oui j'écoute France Inter. Mais ne t'inquiètes pas, je ne l'allume pas encore au moment du petit dej (coucou les beaux-parents !)

Mais je m'égare !  C'était une émission sur l'altruisme qui parlait notamment d'une étude neurologique pratiquée sur des personnes pratiquant de façon experte (comme Mathieu Ricard) la méditation bienveillante et des effets que cela avait sur la structuration de leur cerveau et sur leurs connections neuronales.  Vous pouvez retrouver l'émission "La tête au carré" ici.

Et pour poursuivre sur le même thème, il y a quelques petites choses intéressantes à lire ici. Il y est notamment question de la journée de la gentillesse qui a lieu DEMAIN !



Voilà, j'arrête de cogiter et je vais essayer de dire GENTIMENT au Bretzel qu'il est l'heure de faire sa sieste...BORDEL. DORS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

(oui, j'ai une grannnnnnnde marge de progrès à faire au niveau de la gentillesse et de la bienveillance!)

mardi 3 novembre 2015

6 mois

Tu as eu 6 mois il y a quelques jours mon petit bonhomme sourire, mon Bretzel doré... (je suis gnan gnan si je veux). 

6 mois passés comme ça, sans qu'on y prête grande attention. J'ai l'impression que tu es né hier mais pourtant, il y a des signes qui  ne trompent pas. Tes petites dents du bas, bien plantées dans la gencive et plus aiguisées qu'un couteau suisse et ta façon de rouler pour te déplacer sur le tapis de jeu, au milieu des livres, des Sylvanians et des playmobils interdits au moins de 3 ans que tes aînés ont abandonné.

La moitié d'une année qui s'en est allée sans qu'on puisse la retenir,  sans même pouvoir prendre le temps d'un regard en arrière.  En 6 mois, nous avons produit des  milliers de photos pas triées et des milliards de couches usagées (non je n'exagère pas, entre ta soeur et toi, je suis sûre qu'on jette chaque mois l'équivalent de deux demi continents de couches puantes). (Voilà, c'est dit, c'est nous les responsables du trou dans la couche d'ozone et du réchauffement climatique : si vos vacances de ski sont toutes pourries faute de neige, vous saurez à qui vous en prendre). 

Ces 6 derniers mois, j'ai perdu des kilos et j'ai gagné des cheveux blancs, j'ai mal dormi. Encore et encore. J'ai pété les plombs. Plein de fois. J'ai pleuré des fois. J'ai eu les yeux qui se ferment tout seuls au milieu de la journée. J'ai sauté des dizaines de repas et j'ai passé des journées sans arriver à m'asseoir plus de dix secondes. Je me suis demandée quand est ce que tu allais arrêter de manger la nuit. Bordel ! (La nuit on a le droit de dire des gros mots). Je me suis fâchée avec ton père si souvent que je ne me souviens plus pourquoi. Je lui ai dis que je l'aimais et je me souviens très bien pourquoi. J'ai râlé et j'ai promis d'arrêter de râler. Et puis j'ai râlé encore parce que c'est ma seconde nature. Je respire, je râle. Je respirâle en fait. C'est un nouveau concept. J'ai simplifié le système de tri du linge sale et avec un bon vieux code couleur, ton Cromagnon de père a enfin pigé le truc. Je ne ramasse presque plus jamais ses vieux caleçons dans le coin de la chambre et ça, c'est quand même un grand progrès pour l'humanité. Je lui ai planqué tellement de fois ses ceintures qu'elles sont désormais toujours rangées. Je dois avouer que l'élève Cromagnon est en net progrès. (Efforts à poursuivre, tendance à s'endormir sur ses lauriers).

J'ai survécu à l'absence de 15 jours du Cromagnon. J'en ai profité pour perdre mon téléphone portable greffon, j'ai essuyé une pernicieuse attaque de poux, j'ai tenté de contrer une  vilaine otite des oreilles de Cracotte, je me suis fait ton rendez-vous chez le pédiatre avec ton frère et ta sœur qui ont décidé de te chanter des berceuses pour couvrir le bruit de tes pleurs et je crois qu'ils y sont arrivés. Je suis ressortie avec un mal de crâne et la pédiatre aussi. J'ai passé des moments très chouettes avec vous trois. On a regardé des tas de photos du Cromagnon en voyage et on a échangé soigneusement nos petits bonheurs du quotidien. On a fait une journée bleue et des tas de promenades.  J'ai craqué plein de fois, j'ai dis des vilains mots et j'ai été la mère que je n'aime pas être. J'ai épuisée ma patience et j'ai été carrément en rupture de stock de bonne humeur.

Mais pas une seule fois je n'ai regretté. J'ai survécu. Et vous aussi. Et même je crois qu'on a aimé ça, cette folie du quotidien, cette  adrénaline de la couche moisie et du pou vicieux.

Je peux même te le dire, j'ai adoré ces 6 derniers mois avec toi. J'ai adoré être là, tout le temps, pour vous. J'aime être votre point d'attache à tous, avant que vous ne soyez prêts à larguer les amarres. (mais laissez moi le temps). Je ne me suis jamais sentie autant à ma place. Je sais la chance que j'ai de ne pas avoir connu le difficile retour au boulot. J'ai du marcher un paquet de fois dans une crotte de chien du pied gauche parce que je suis sacrément vernie.

C'est aussi vrai que depuis 6 mois, je n'ai plus une seconde. Je n'ai plus le temps de rien, juste le temps pour vous. Je me dis que certains doivent se dire que je ne donne plus trop de nouvelles. Mais chaque instant m'est compté. Alors je dois choisir. Comme aujourd'hui. Je devrais préparer le repas de ce soir, plier le linge, rappeler les personnes qui attendent de mes nouvelles, payer les factures, trier les papiers. Avant tout, je devrais dormir.  Mais je n'ai qu'une heure devant moi. Une heure miraculeuse où tu dors en même temps que ta sœur. Alors je dois choisir et décider parfois de prendre un peu de temps pour moi. Parce que c'est vital. Pour mon équilibre mental... (dixit le Cromagnon qui me supplie d'aller courir, d'écrire ou de me faire un ciné quand mon baromètre de chiantise atteint son niveau maximum).

En parlant d'équilibre, je ne suis pas sûre qu'on ait tout à fait trouvé le notre à 5, parce que j'ai surtout l'impression que nous sommes une famille funambule qui avance sur un fil et manque de tomber à chaque pas. On essaie de ne pas regarder en bas parce que ça fiche la trouille. On essaie d'avancer ensemble et de bien regarder droit devant nous. On tangue sans arrêt et  je crois que ça sera comme ça encore un bout de temps. Mais je ne pense pas que ce soit très grave. On y arrive pas tous les jours. On est pas les parents parfaits et vous, vous êtes vraiment pas les enfants parfaits non plus. Mais on tangue sur le même fil et je crois que ça nous suffit.

Tu vois, tu as 6 mois et je ne parle presque pas de toi. Je parle de nous tous, parce que c'est ça ta vie. Tu grandis dans ce tourbillon incessant, entre les jeux des grandes, calé entre mes jambes pendant l'histoire du soir, coincé sous un bras pendant le brossage des dents. Tu reçois une quadruple dose d'amour et je crois que ça te convient.


Tu es un formidable petit bonhomme tranquille et je te remercie pour ces six derniers mois. Garde ces yeux pétillants, ton sourire  et ta présence toute simple mais tellement apaisante.

Je n'aurais que deux choses à te faire remarquer :

- Avant 6 heures du matin, ça n'est pas DU TOUT raisonnable de réclamer un biberon. Quand tu forces ton père à se relever au milieu de la nuit pour te préparer un biberon sans grumeau (oui parce que tu fais le difficile en plus), l'humeur du matin s'en ressent sacrément sur la maisonnée. Et ça tu vois, c'est pas bien. Un Cromagnon fatigué, on ne le dira jamais assez, c'est DANGEREUX.

- Tu as le droit de faire ta sieste EN MÊME TEMPS que ta sœur. Et pas juste 20 minutes avant qu'on parte chercher ton frère à l'école.  Comme aujourd'hui. C'est parfait. Voilà, recommence demain et je t'offres une rollex pour tes 6 mois en cadeau de remerciement  (et comme ça, tu seras sûr de ne pas avoir loupé ta vie).

Bonne moitié d'année mon petit Bretzel !

(cet article est potentiellement bourré de fautes d'orthographes ou de tournures bancales, mais je ne relis pas, je n'ai PAS LE TEMPS !!!!) (vous l'aurez compris !)
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